Au cœur du "fishbowl" (discussion ouverte)

Adam Hager of SEAL, Bromma, Sweden
Adam Hager of SEAL, Bromma, Sweden
By Louise Proctor, traducion française Cindy Bellemin, traducción española Luz Martinez
06 juin 2012

Cette année, lors du Geneva Health Forum (Forum de Genève sur la Santé), les organisateurs ont voulu créer un espace pour des sessions propices à l’échange d’idées, se détachant ainsi du format classique de sessions traditionnelles qui seront tenues au sein des conférences. Le nouveau modèle innovant auquel ils ont abouti est connu sous le nom de " fishbowl" (discussion ouverte).

Cinq chaises sont disposées au centre de la salle et les chaises restantes sont agencées en arc de cercle tout autour. Les sessions de discussions ouvertes commencent par l’intervention de quatre orateurs faisant chacun une brève présentation. À la suite de ces présentations, les quatre orateurs occupent quatre des cinq chaises au centre, le modérateur annonce le thème ou la question qui doivent être abordés, puis la discussion commence. Lorsqu’un membre de l’assistance a quelque chose à ajouter au sujet traité, il prend place au centre et occupe la chaise qui avait été laissée vacante. Afin de rendre l’expérience plus intéressante, l’un des orateurs doit quitter le centre pour laisser sa place à d’autres participants qui voudraient éventuellement eux aussi partager leur opinion. Les échanges se poursuivent pendant que les participants rejoignent et quittent fréquemment le cercle de discussion à tour de rôle.

Cette semaine, j’ai eu l’opportunité d’assister à trois de ces sessions. L’une d’entre elles traitait de l’éducation en matière de santé mondiale et les deux autres s’articulaient autour du thème de l’innovation. Toutes ont vraiment été édifiantes!
La première expérience que j’ai faite des discussions ouvertes a été la session traitant de l’éducation en matière de santé mondiale. Cette session visait à proposer des cours pertinents sur la santé publique destinés aux étudiants inscrits en licence dans les facultés de médecine et de sciences sociales.
La première intervenante, Ilaria Camplone, du Centre de santé internationale de l’Université de Bologne, nous a fait part de son expérience en tant qu’étudiante et dorénavant en tant que conférencière pour améliorer la santé de la population italienne par le biais de l’éducation. Elle a fait part du fait qu’elle avait toutefois rencontré de nombreux obstacles, dont beaucoup restent encore à surmonter, comme le conservatisme des universités italiennes, le manque d’harmonisation et le manque de formateurs. Elle a terminé son intervention en admettant que bien que de nombreux changements aient été faits, la route est encore longue, aussi bien pour l’Italie que pour beaucoup d’autres pays.

Le deuxième intervenant, Mustafa Abbas, étudiant à l’University College de Londres, pense que même dans un pays comme le Royaume-Unis où le système de santé est relativement bien développé, on n’accorde pas assez d’importance à la prévention des maladies. L’éducation est la clé pour lutter efficacement contre ce problème. Abbas a défendu une approche multidisciplinaire en affirmant que des cours de santé publique devraient être proposés non seulement dans les facultés de médecine, mais également aux étudiants des facultés de sciences sociales, qui seraient ainsi capables de partager leur propre expérience et leur propre opinion sur le sujet. Il a également décrit comment les cours se devaient d’être fonctionnels et enrichissants et pas seulement de présenter des chiffres et des statistiques, de façon à ce que les étudiants aient envie d’apprendre sur ce thème essentiel.
Il a poursuivit son argumentation en mentionnant le fait que les coûts et les ressources représentaient un frein considérable et empêchaient de nombreuses personnes d’apprendre dans ce domaine, en particulier pour les pays émergents ayant désespérément besoin de personnes qualifiées en la matière.

Abbas fait actuellement partie d’un groupe de personnes qui consacrent leur temps à la création d’un cours en ligne gratuit dont on peut obtenir des crédits universitaires. Ce cours fourni aux étudiants tout ce dont ils ont besoin pour étudier la santé mondiale, et ce peu importe leur formation initiale, le lieu où ils se trouvent ou encore leur statut économique et social.

À la suite de ces discussions, les participants ont été invités à se mettre en petits groupes afin de réfléchir pendant quelques minutes sur comment permettre aux étudiants du monde entier, spécialisés en médecine ou non, d’élargir leur perspective sur la santé mondiale. Cette activité s’est alors transformée en débat très animé, à tel point que nous avons manqué de temps pour passé à la partie discussion ouverte de cette session.
Les autres sessions de discussions ouvertes auxquelles j’ai participé cette semaine ont été les parties 1 et 2 de "Innovateurs et pratique".
Ces discussions ont été centrées sur un grand éventail de nouvelles technologies et d’innovations avec l’intervention de huit participants. Lors de ces deux séances, tout comme lors des autres séances, on a pu constater l’émergence d’un thème récurent : l’échec conduit à l’innovation. Chacun des participants a déjà été confronté à un problème, en étant concerné directement ou indirectement, ce qui lui a donné le courage d’innover pour trouver une solution.

L’une des solutions que je préfère a été proposée par le Dr Jordi Serrano. Étant médecin généraliste, il a souvent eu l’occasion de recevoir des réfugiés qui parlaient différentes langues en consultation. Il a donc inventé un système de traduction dans son cabinet. Il a ensuite voulu rendre son système plus simple à utiliser et le mettre à contribution à plus grande échelle, permettant ainsi aux hôpitaux et aux autres cabinets de bénéficier de cette technologie. Cet appareil appelé UniversalDoctor, un système de communication multilingue portable, est désormais disponible gratuitement sous la forme d’une application et les hôpitaux peuvent s’en servir en ligne à faible coût. Ce n’est pas tout, le Dr Serrano a remarqué qu’il avait également besoin de traducteurs en langue des signes, notamment pour les enfants réfugiés ayant perdu le sens auditif suite à une déflagration de bombes et se déplaçant régulièrement pour recevoir des soins.

Lors de la première session, nous avons également pu écouter l’intervention d’Oscar Lopez qui dirige l’entreprise de systèmes de santé électroniques C2C. Son entreprise a conçu un système de contrôle automatisé pour la rétinopathie diabétique. Ce système permet aux opticiens de prendre la rétine de leurs patients en photo pour l’envoyer directement à l’hôpital ophtalmologique et la soumettre au diagnostique d’un spécialiste. Seuls les patients ayant besoin de soins supplémentaires devront se déplacer à l’hôpital ophtalmologique. Ce procédé permettra de faire gagner du temps et de l’argent aux patients, mais aussi au système de santé en général. M. Lopez a désormais pour ambition d’étendre son projet à toute l’Europe et plus loin encore.

Lors de la seconde session, le premier à prendre la parole a été Adam Hager, Président de SEAL, situé à Bromma en Suède. Le problème qu’il a soulevé réside dans l’enseignement des compétences chirurgicales. De nombreuses écoles suédoises ont fabriqué différents modèles destinés à l’enseignement des compétences chirurgicales, cependant, il n’y a eu aucun modèle standard et personne n’a voulu partager ses idées, même à l’intérieur du même hôpital. La solution proposée par Hager a été un kit d’équipement chirurgical réutilisable prévu pour une formation de trios jours en compétences chirurgicales. Ce système est désormais utilisé dans toute la Suède, de plus, Hager et son équipe ont réussi à l’exporter en Afrique où des compétences chirurgicales sont enseignées à des personnes venant de très loin pour acquérir ces connaissances indispensables.

Enfin, nous avons pu écouter Hamidu Oluyedun, de l’Oyo State Hospital de Ibadan au Nigeria. L’un des problèmes majeurs affectant le système de santé du Nigéria concerne les médicaments de contrefaçon. Le système qu’ils ont élaboré pour lutter contre ce fléau est un système de vérification par SMS. Les médicaments en vente libre disposeront d’une étiquette que l’on devra gratter pour faire apparaître un code. Ce code peut être envoyé au service de vérification par SMS qui déterminera s’il s’agit d’un médicament authentique ou contrefait. Il semble que ce programme soit très bien adapté au Nigéria car la proportion de personnes équipées d’un téléphone portable est très élevée, et pour cause, il y a plus de téléphones portables que de Nigérian au Nigéria ! Malheureusement, M. Oluyedun n’a pas été en mesure de nous expliquer ce programme plus en détails du fait de la corruption qui règne dans le pays. Si les personnes impliquées sont identifiées, elles peuvent se retrouver menacées par les fabricants de médicaments de contrefaçon.

Les sessions d’ "Innovateurs et pratique" m’ont offert un excellent aperçu sur les différents travaux mise en œuvre à travers le monde pour rendre les pratiques en matière de santé mondiale meilleures pour tous! J’espère que les sessions de la 14ème édition du Geneva Health Forum seront tout aussi fascinantes!

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